Paroles des titres de l'album "Alê Kali"

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DA BAHIA - Sonya Prazeres / Marcio Policastro
(Cette chanson parle de la fierté d’être noire de corps et âme : une déclaration d’amour à l’Etat de Bahia et sa culture afro-brésilienne)

 

J'ai un côté noir
Qui n’entrave pas mon destin
Une face cachée d’être fille

Nègre en dedans de moi
Noire, noiraude, crépue
Je suis fille de saint : noiraude

Du haut de mes sabots
Je suis de mes boucles d'oreilles et de mes fâcheries
Je suis tout ce que le blanc n’achète pas
Étouffe, et ne paie pas 

Âme de goudron
Petits yeux de jais
A grande bouche
Je suis ce qu'il y a de mieux
Avec ses tics et ses pets
Je vis sur mon 31
Sur ma peau, mes atours
Sur mon corps, un délice (une friandise)
Sur ma poitrine, des bijoux fantaisie

Je suis de la marée, je suis de la foi
Je suis de l'huile de palme
Rameau d'arruda à l'oreille [1],
Allez voir
Une absence de tuile
Gamine fêtarde
Je (ne) veux (que) vivre

Bénis-moi mère, bénis-moi père
Bénédiction mon alafin [2]
Bénédiction Senhor do Bonfim [3]
Je suis bien de Bahia
Et la Bahia est bien de moi

 

 

  

2 - CANTIGA DO VENTO - Rafaela Melo

CHANSONNETTE DU VENT

(Les envoutements qui se cachent dans la douce voix et les mouvements d’une chanson soufflée par le vent et la quête de l’amour)

 

Elle danse au bord du fleuve, elle chante au bord de la mer
Prend le bateau, navigue loin, fait la ciranda [4] dans le sable
Elle danse avec sa jupe à la main, garde tout dans son œil brun
Pêcheur, ne vous émerveillez pas, au risque de vous noyer.

Elle marche au pas du vent, elle est belle : un plaisir à la regarder !
Elle  a la douleur plus proche du temps (ou : sa douleur est celle du temps ?), mais fait semblant pour ne pas pleurer
Elle ferme les yeux, mais elle ne dort pas : c’est un enfant qui ne peut pas se réveiller
Lorsque la marée est haute, elle se cache : le pêcheur revient bientôt

Elle chante comme  quelqu’un qui chante depuis le ciel, à souffler la chansonnette du vent
Elle est fillette, a grandi, est une femme, fait semblant de posséder la mer
Pêcheur amène vite le bateau, car la demoiselle ne peut pas attendre
Amène une senteur de la mer juste pour elle, elle aimera.

 

Fille qui chante la chansonnette du vent pour moi
Chante et demande au vent où mon amour s’est caché (il est où mon amour)

 

 

  

3 - FILHA DO ENCANTO - Chico Saraiva/ Mauro Aguiar

FILLE D'ENCHANTEMENT

 

Je suis ensorceleuse, entretenue et Dieu m'aide encore
J'affronte (le) mauvais oeil, (les) prises de bec, les mauvais présages et je me fais belle
Quand mon cri se répand
Toute rixe reflue
Fuit aveuglé par l'éclair de la lame de Yansã [5]

Je suis macumbeira [6], sapopemba [7] et je vis dans la curimba  [8]
Mais j'ai ma dignité, je ne garde pas mon or dans mon puits
Le miel de mon chant s'envole
Parvient à Maman Dandalunda [9]
Qui fait s'épancher mon onde sonore

Ma voix flambeau de la samba dans l'obscurité
Est le sortilège qui illumine, elle est miracle, elle est clair de lune
J'apporte à mon autel
Un tintamarre chahuteur
Qui imprègne mon sang d'orgueil Yorubá

Je suis brésilienne, « rive-reine » et force d'improvisation
Je chauffe un bain parfumé  pour le cuir de ma chanson populaire
Ma gorge de soie
Est séduction débridée  (ou : rugueuse)
Apprise à la source secrète de Oxum [10]

Je suis guérisseuse, prêtresse et j'ai la voix taiseuse
Onguent et enchantement que je porte sur mon corps marionnette guérissent
La boue qui m'illumine
A l'heure de la prière limpide
C'est le calme recueilli dans les bras de Nanã [11]

Ma voix avenue de la samba dans la peau
Est la caresse qui soulage, elle est lumière noire, elle est femme
J’apporte dans mon grigri
Talisman de Guinée
Qui assure mon chant où que je chante

 

 

  

4 - ALEGRIA DE CARNAVAL - Everton Marco

JOIE DE CARNAVAL

(Le carnaval est le moment où les chagrins d’amour doivent faire place à la fête et à la joie)

 

Ah! Tu m’as appelé pour aller s’amuser au carnaval
Et même m'a demandé d'avertir la bande
Ça aurait pu être rien que nous deux

Ah! Je sais que tu as le don de leurrer (ou : de l’illusion)
Mais je tiens le coup, je ne vais pas lâcher l’affaire
Peut-être que je vais me faire du mal, mais ferme en amour

Ah! J’y vais
Je vais me lancer à fond dans cette folie
Et jeter d’un coup un seau d’eau froide à la tristesse
Car la joie est dans la rue

 

 

  

5 - DESATADORA DOS NÓS - Jonathan Silva

DÉTACHEUSE DE NŒUDS 

 

Si le terreiro [12] est à Dieu
Je suis chevalier du nœud détaché
Celui qui donne des ordres au cercle est le tambour
J’appris à écouter son appel

Ô saudade [13] de la pipe de ma mamie
Mon grand-père m’appris à pêcher
Ma mère m’a appris à aimer le jiló [14]

Si le terreiro est à Dieu
Je suis chevalier du nœud détaché
Celui qui donne des ordres au cercle est le tambour
J’appris à écouter son appel

Quand tu seras parti
Je vais pleurer pendant toute une semaine
Ensuite pour soulager ma douleur
Je vais jouer du tambour et aller à la Goiabeira [15]

Si le terreiro est à Dieu
Je suis chevalier du nœud détaché
Celui qui donne des ordres au cercle est le tambour
J’appris à écouter son appel

Quand tu seras parti
Je vais pleurer pendant toute une semaine
Après je vais sortir à l’aube
Je vais me jeter dans une batucada
Et fini le pleurnichage

Si le terreiro est à Dieu
Je suis chevalier du nœud détaché
Celui qui donne des ordres au cercle est le tambour
J’appris à écouter son appel

 

 

 

6 - É DEMAIS - Iara Renno / Rubinho Jacobina

C'EST TROP 

(Quand le sentiment semble plus grand que notre cœur il est très difficile à porter. Toutefois tout peut partir comme une vague si on apprend à maîtriser la souffrance)

 

Non, je n’en peux plus
Ce que je ressens dans mon cœur, mon dieu
C’en est trop

On dit que c’est une belle chose
Souffrir sans se plaindre
Mais qui refuse
Une caresse pour pleurer
Un câlin, un coup de main
Quand la vie ne va pas

Qui n'aime pas, ne pleure pas
Qui ne demande pas « de grâce ! »
Et pour cela, maintenant
Je demande ton amour
La « saudade » me dévore
Mais je ne lâche pas ma foi (ou : je ne perds pas espoir)

Si c’est en souffrant qu’on apprend
À savoir ce qu’il faut faire pour mériter
Celui qui comprend vraiment
Peut à présent remercier
Et la tristesse disparaît
Au changement de marée

 

  

 

7 - MEMÓRIAS DE UM GUARDA-CHUVA - Socorro Lira

MÉMOIRES D'UN PARAPLUIE

(Tout peut s’effacer de notre mémoire avec le temps, sauf un grand amour)

 

Un vieux mur, un tableau
Une fenêtre et un couloir à toujours
La même porte aux yeux d’une vieille penderie
À veiller la fleur, dans la douleur de l’oubli
Il n'y a pas de couleur qui, dans la pensée
Résiste à tant d’attente
Ce qui était noir est devenu gris
Mais il ne pourrait pas l’être autrement

 

Mais le printemps partira
Et la rose pourpre se flétrira
La prochaine saison s’achève
Alors qu’une autre veut commencer
Ainsi, quand la pluie tombera
À attendrir le visage rougi
Et noyer les souvenirs
Cet ami, mis de côté, dans la penderie
Depuis longtemps, resté là-bas
Dans les saisons d'un passé pluvieux
Comptés sur les doigts d’une main
Maintenant, sera souvenu
On n’oublie pas un grand amour

 

 

 

8 - SAMBA CALADO – Gaio de Lima

SAMBA SILENCIEUSE

(Gravement malade, cette personne sent la fin s’approcher et ce qui lui pèse le plus est la douleur de son fils)

 

Allongée sur un lit dans un sommeil profond

Je ne sens pas mes jambes, je n’ouvre pas les yeux

Mais j'entends tout

Et pour chaque goutte de sérum qui coule

Je compte les secondes

Et je sens que la flamme de la vie s’en va

En quelques minutes

 

Et je me souviens des choses que j’ai pu faire

Tout en essayant d'oublier ce que je pouvais et  n’ai pas fait

Et maintenant que la vie tient à un fil

Il est difficile de laisser mon fils souffrir

 

Si je pouvais maintenant je chanterais une samba

Pour mettre un terme à toute cette tristesse

Arracher de toi un sourire

Car un homme ne doit pas pleurer

Je t’ai appris que la vie est « arrivée et départ »

 

C’est la dernière goutte à tomber, les secondes s’épuisent

Je suis la lumière, mais je te laisse cette samba silencieuse

Et qui sait, un jour, je t’aurai à mes côtés

Avec une couronne de roi et un pandero bamba

Je suis la lumière, mais je te laisse cette dernière samba

 

 

 

9 - NÃO ME FALE NADA - Silvio de Carvalho

NE ME DIS RIEN 

(Entre la douleur de la rupture et le souhait de la continuité, il existe le choix de profiter des derniers moments ensemble en silence)

 

Ne me dis rien

Parce que rien de ce que tu me diras

Brisera la peur

Je suis à un doigt

 

Regarde-moi

Je suis surprise de ce que fait ce regard

Et son affection,

Intranquillité [16]

 

Petit à petit je m’habitue

Pas de douleur ni de lácio  ardeur  m’enflamment

Guéris-moi et la douleur disparaîtra

Le nouveau n’effraye pas tant que ça

 

Il vaut mieux que tu me brises

Mais ne pars pas si ce n’est pas pour revenir

Réveille-moi plus tôt

Avec le péché au bout des doigts

 

Oublie de compter les heures qui passent

Il vaut mieux profiter du temps qui reste

 

Petit à petit, je m’habitue

Pas de douleur ou de lácio ardeur m’enflamment

Guéris-moi et la douleur disparaîtra

Le nouveau n’est pas si étrange.

 

 

10 - NÃO PRECISA - Luciano Salvador Bahia

INUTILE (PAS BESOIN) 

(Une fois la douleur d’un amour déçu surmontée, il est inutile de tomber à nouveau dans les bras de celle ou de celui qui nous a fait tant de mal : rien de tel qu’une bonne samba pour poursuivre sa route)

 

Ne t’inquiète pas, je sais me débrouiller

Un peu d’insécurité, mais chez moi c’est prévisible

Le vent continue à secouer mes cheveux

Sans faire attention à mon chagrin d’amour

 

Fais comme le vent, si tu me rencontres dans une soirée

Assise à une table dans un bouge qui se prétend bar

Accélère le pas, vas-y et va susurrer tes bêtises

À l'oreille d’une nouvelle dupe qui a cru en tes délires

 

Vouloir avoir de mes nouvelles, inutile (pas besoin)

Dire que la vie est comme ça, inutile (pas besoin)

Ne verse pas une larme, ne t’ébranle pas, ne t’excuse pas

Je connais déjà ton truc

Ton tam tam est toujours le même

 

Avoir de la peine pour moi, inutile (pas besoin)

Prêcher dans le désert, inutile (pas besoin)

Garde ton baiser, ton étreinte, ton estime

Je connais par cœur une vieille samba

Qui m'a appris à reprendre le dessus

 

 

 

11 - SÂNDALO - Eduardo Franco / Sonya Prazeres

BOIS DE SANTAL

 

J'aime le scandale

Et ton odeur de bois de santal

De ta bouche humide

De ton visage teinté

 

Je t’aime distrait

Mendiant, griffé, courroucé

Mon titan, mon Pokémon

Mon cœur, mon pote, mon plaisir

Nous sommes Zénith et Nadir

 

J’aime être abusée

Par ta main osée

J'aime notre danse

Dans la nuit qui ne se fatigue pas

 

Je veux être invitée

J'aime l'obscurité qui nous éteint

Lorsque tu rembobines la bande magnétique

J'aime être emportée par le calme

Quand je marche à tes côtés

J’aime accorder mon pas à ton âme.

 

 


[1] Plante que, quand utilisée à l’oreille a le pouvoir d’éloigner les mauvais esprits.

[2] Une des qualités de Xangô, orixá (Dieu) du candomblé – religion afro-brésilienne.

[3] L’image du Seigneur de la bonne fin a été apportée par les Portugais à Salvador da Bahia, où fut érigé une église qui représente jusqu’à nos jours le syncrétisme religieux entre le catholicisme et le candomblé dans cette ville.

[4] Sorte de farandole dansée en cercle.

[5] Yansã est la Déesse des vents et des tempêtes qui a le pouvoir d’émettre des éclaires

[6] Pratiquante des cultes afro-brésiliens

[7] Arbre à racines multiples

[8] Plusieurs définitions : instrument de percussion avec lequel on évoque les esprits ou encore la pratique religieuse même du candomblé, religion afro-brésilienne.

[9] Femme noble reine de l’or et de la fertilité

[10] Orixá des eaux des rivières, elle est la déesse de la beauté.

[11] L'orixá la plus vieille, elle régit la boue, matière première des hommes, et la mort.

[12] Lieu de culte du candomblé

[13] La saudade exprime un désir intense, pour quelque chose que l'on aime et que l'on a perdu, mais qui pourrait revenir dans un avenir incertain. Différente de la nostalgie ou du manque, la saudade peut être définie comme la présence de l’absence.

[14] Solanum aethiopicum : est une plante proche de l’aubergine (aubergine africaine).

[15] Ville de l’Etat de Bahia

[16] Desassossego : intranquillité d’après la traduction française du titre du Livro do Desassossego de l’auteur portugais Fernando Pessoa. 

 

>>>>> Mon grand merci à Bruna Dildeberg (traduction) et Denis Roy (révision). Obrigada!!  <3